Hahnemann étudie la médecine à Leipzig puis à Vienne, avant d'obtenir son diplôme à Erlangen, en 1779. A Vienne, il passait tout son temps libre à l'hôpital, au chevet des malades. Il est décrit comme dévoué, compatissant et modeste. Très appliqué et précis dans sa façon de les examiner, c’est un excellent étudiant que remarque le médecin de la cour impériale, le docteur Quarin. C’est donc naturellement qu’il le recommande en 1777, au baron von Brukenthal, tout juste nommé gouverneur de Transylvanie, patrie de Dracula, par l'impératrice Marie-Thérèse. Le baron lui propose de l’accompagner pour ses deux compétences, sa connaissances des langues, avec le curieux statut de « bibliothécaire », et en tant que médecin personnel… alors qu’il n’avait pas terminé ses études! Le jeune Hahnemann, fils d’un modeste peintre sur porcelaine, fut donc à sa cour dans la charmante ville d’Hermannstadt, aujourd'hui Sibiu en Roumanie.
En 1790, il envisage de renoncer définitivement à l'exercice de la médecine ! « Après la découverte des faiblesses et méprises de mes professeurs et de mes livres, je sombrai dans un état d'indignation morbide, qui aurait presque pu vicier complètement pour moi l'étude de la connaissance médicale. J'étais sur le point de croire que la science tout entière était inutile et incapable de progrès.» Par l’effet du hasard que certains qualifient de moquerie des dieux, la même année, Hahnemann eut la révélation de ce qui allait devenir l’homéopathie et décidait avec la même ferveur de revenir à la médecine. A une médecine qu’il allait inventer. Son esprit critique découvrit une faille, une absurdité dans un ouvrage qu’il était en train de traduire moyennant salaire de l’anglais vers l’allemand. Et tout commence par la neurologie. William Cullen était un médecin écossais, célèbre pour avoir proposé une nouvelle théorie dans laquelle le système nerveux était le centre de tout et en 1777 dans son Essai sur l'exercice de la médecine à l'usage des étudiants, il fut le premier à proposer une origine cérébrale à l'épilepsie et à la névrose… dont il crée le nom. Il est traduit dans de nombreuses langues. C’est pourtant un autre ouvrage, le Traité sur la Matière Médicale, paru en 1789, qui allait ouvrir la porte à l’homéopathie. Pour le traduire il fallait un allemand qui ait la double compétence de linguiste et de médecin ? Hahnemann, c’est évident ! Ce dernier, malgré ses préventions à l’égard des thérapeutiques de son temps, apprend en traduisant. Et il découvre avec stupeur que pour ce médecin réputé le cinchona (quinine) était efficace dans le traitement de la malaria parce qu'il était amer et astringent, et avait un effet tonifiant sur l'estomac. Hahnemann trouva étrange cette explication sinon toutes les substances amères seraient efficaces or elles ne l'étaient pas. Mû par une inspiration soudaine Hahnemann eut l’idée insolite d'expérimenter les effets du cinchona sur lui-même. Alors qu’il n’était pas malade il absorba la dose réputée efficace pour traiter le paludisme soit 12 grammes deux fois par jour, pendant plusieurs jours. A sa grande surprise il observât que certains effets indésirables induits par ce traitement étaient identiques aux symptômes de la malaria qu’il traitait ! En scientifique honnête il n’omis pas de signaler que d’autres étaient absents : « On ne ressent pas le frisson particulier de l'accès pernicieux du paludisme après une prise de cinchona». Sur cette base incomplète, il déduisit que le mécanisme de l'action curative du médicament reposait sur la similarité entre ses « effets secondaires » et les symptômes du paludisme. Cette approximation le rendait-elle plus crédible que l’amertume qu’il critiquait ? Il allait énoncer la première loi de l'homéopathie : Similia similibus curentur, ou « les semblables guérissent les semblables », empruntant une théorie remontant à l’antiquité grecque. Il entreprit alors de tester méthodiquement quelques médicaments, la belladone, le camphre et l'aconit, pour étudier leurs effets indésirables. L’idée de la dilution lui viendra quand il décidât d’expérimenter les substances toxiques comme l’arsenic ou le sel de mercure... sans pourtant risquer sa vie. Il prit de très petites quantités. Obsédé par les effets secondaires des médicaments, il entreprend alors de leur appliquer la même méthode, de réduire de plus en plus la dose pour chercher le seuil minimum où ils seraient efficaces sans entrainer de désagréments. Il se laisse entrainer par des dilutions successives donc excessives, et il en arriva au point où se posait la question fondamentale: l’absence de matière active dans ce qu’il absorbait. Il avait décidé d’être systématique. Il versait 1% de médicament et 99% de diluant et nommait cette dilution 1CH. De ce mélange il prélevait une dose et la diluait avec 99% de diluant et on était à 2CH, c'est-à-dire qu’un litre de traitement est dissout dans 100 litres puis à 100 nouveaux litres soit 10.000 litres. Et on continue, à 17CH notre litre initial est dispersé dans un immense récipient et à 30CH, pour un litre de produit actif, on nous dit qu’il faudrait une citerne de diluant ayant un diamètre de la distance de la terre à la lune.
Il imaginât donc une nouvelle méthode pour justifier que d’aussi faibles doses puissent agir quand même. Après chaque dilution, il secouait la solution avec enthousiasme comme on le fait pour les cocktails. Il nommât cette méthode la « succussion ». Cette agitation permettrait selon la pensée homéopathique, malgré les dilutions successives, d’avoir un produit à la fois parfaitement homogène et chargé en énergie.
L’homéopathie s’organisait sous son impulsion. Il séduisait des personnes issues des milieux aisés, des intellectuels, quelques nobles. Goethe l’encensait dans de nombreuses lettres, et sous son influence dans Faust la médecine universitaire faisait l'objet d'une attaque à l’acide. Rappelons que ce grand poête avait aussi soutenu Gall et sa phrénologie.
